La jeune fille et la mort

 

La jeune fille et la mort © Frédéric IovinoA travers l’exploration d’un mythe qui a traversé le temps et qui a su résister à la mort des courants et des modes, j’envisage cette création comme une réflexion et un regard sur la place du romantisme dans la société contemporaine et dans l’art chorégraphique d’aujourd’hui.

Le spectacle est encore vivant, la jeune fille aussi.

Voici plusieurs années qu’a germé l’idée de créer une pièce autour de cette jeune fille et la mort de Schubert dont j’avais déjà emprunté le deuxième mouvement dans le solo Sol Sehen, créé en 2005.

La rencontre avec la danseuse Anne-Sophie Lancelin pour la création de La constellation consternée, et notamment pour son solo L’étoile jaune, a réanimé mon envie d’affronter cette œuvre majeure du romantisme.

Le romantisme n’est pourtant pas le courant qui anime le plus l’évolution de l’art chorégraphique actuel… Cela étant, même s’il est vrai que l’on porte souvent beaucoup plus d’attention à ce qui naît qu’à ce qui s’éteint, le romantisme demeure pour moi un « sujet » très contemporain, de par sa lente disparition et sa discrète résistance.

La révolution sexuelle des années 70, l’épidémie du Sida, le développement des nouvelles technologies influencent depuis de nombreuses années la création artistique. Je ressens cependant chez les jeunes danseurs d’aujourd’hui une acceptation beaucoup plus franche de leur « romantisme » par rapport aux artistes de ces deux dernières décennies. Le courant de l'expressionnisme, qui était plus que présent dans la danse européenne jusque dans les années 80, est lui aussi laissé de côté, voire dénié face à divers courants comme la « non-danse », ou encore face à l’essor de l’art numérique. L’image prend de plus en plus de place et en laisse de moins en moins aux corps vivants et à ce qu’ils peuvent véhiculer d’humanité.

Tout en gardant le recul que l’histoire a trouvé face au lyrisme de l’époque, tout en trouvant ma place dans ce que l’art chorégraphique actuel produit, j’aimerais fouiller le romantisme d’aujourd’hui, avec une équipe artistique éclectique.

Cette équipe se jouera des générations et traversera ainsi divers courants et pensées de la danse… Raphaël Cottin et Christian Ubl (danseurs qui ont participé à plusieurs créations de la compagnie et également chorégraphes), Anthony Cazaux (que l’on peut voir également dans La constellation consternée), rencontreront une autre génération de la danse sur le plateau. Odile Azagury et Christine Gérard, danseuses et chorégraphes qu’on ne présente plus, ainsi que Corinne Lopez (interprète remarquable de Daniel Dobbels notamment) donneront, aux côtés de la jeune Anne-Sophie Lancelin, différentes maturités de danse et de femmes… Une équipe d’interprètes riches de bagages et de transmission, d’identités artistiques et traversant quatre décennies pour ce face à face avec le temps.

Je tiens également à ce que la musique soit vivante.

La présence d’un quatuor à cordes sur le plateau me paraît évidente pour proposer cette œuvre de Schubert. Que les musiciens soient sur scène, que leurs mouvements accompagnent celui des danseurs, que leurs présences, leurs intensités corporelles et leurs instruments côtoient les nôtres.

Je ne souhaite pas que la mort apparaisse sous une quelconque représentation formelle évidente (squelette ou autre monstre noir à la tête blanche). La vraie Mort ne sera d’ailleurs pas présente. Ce sont les « petites morts » et les souffles de vie que la jeune fille traverse que je tiens à évoquer. Chaque mouvement de Schubert étant vécu comme autant d’épisodes de vie auxquels la jeune fille ne succombera pas.

La vraie mort ne sera que sous-jacente… il est bien trop tôt !

Il ne s’agira plutôt de celle du romantisme ou du spectacle vivant… de résistance et de survie que je peux ressentir de nos jours pour la culture, et particulièrement l’art chorégraphique.

La jeune fille ne va donc pas mourir. Elle va traverser des états de mort, paisiblement, comme un passage obligé, pour enfin pouvoir exprimer ses désirs et envies avec simplicité et pudeur. Il s’agira de disparitions, plus ou moins faciles, qui laisseront place à l’inconnu. La jeune fille ne va pas non plus se révolter. Elle va voir, accepter, oser, résister, commettre.


Chorégraphie : Thomas Lebrun
Interprétation : Odile Azagury, Anthony Cazaux, Raphaël Cottin, Christine Gérard, Anne-Sophie Lancelin, Corinne Lopez et Christian Ubl.
Quatuor Voce : Sarah Dayan (violon), Cécile Roubin (violon), Guillaume Becker (alto) et Florian Frère (violoncelle)
Interprétation du lied :
Benjamin Alunni
 Musique : La jeune fille et la mort de Schubert / Quatuor à cordes, D 810, La jeune fille et la mort de Schubert / Lied Opus 7 n°13, D351
Durée : 60 minutes


Production : Compagnie Illico
Coproduction : Théâtre National de Chaillot, Danse à Lille / CDC, Maison de la danse de Lyon, CCCN de Roubaix Nord-Pas de Calais, Le Phénix Scène nationale de Valenciennes, Ballet de l’Opéra national du Rhin – CCN, en cours

 

Premières représentations

 \ 15, 16 et 17 mars 2012 – Théâtre National de Chaillot   CRÉATION
         > représentations supplémentaires : 20 et 21 mars  

\ 27 mars 2012 – Le Phénix, Scène nationale Valenciennes
\ 20 avril 2012 – L'Arc, Scène nationale Le Creusot
\ 3 et 4 mai 2012 – Maison de la Danse (Lyon)
\ 11 mai 2012 – La Filature, Scène nationale Mulhouse
\ 15 mai 2012 – Le Colisée (Roubaix)
\ 9 juin 2012 – Théâtre de Vitry-sur-Seine

 



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A travers l’exploration d’un mythe qui a traversé le temps et qui a su résister à la mort des courants et des modes, j’envisage cette création comme une réflexion et un regard sur la place du romantisme dans la société contemporaine et dans l’art chorégraphique d’aujourd’hui.

Le spectacle est encore vivant, la jeune fille aussi.